Darksiders 3

Fin 2012, l'éditeur américain THQ se déclare en faillite pour fermer définitivement début 2013 après avoir refilé ses licences à différents éditeurs pour rembourser une partie de ses dettes. Parmi ces licences, il y avait Darksiders qui sera racheté pour à peu prêt 5 millions d'euros par l'éditeur suédois Nordic Games en rachetant un lot de licences (5 ou 6 licences dont Darksiders, Red Faction, etc.). Nordic Games qui changera de nom un peu plus tard pour devenir THQ Nordic. Sorte de symbole sans doute marquant la renaissance de THQ de ses cendres, les jeux THQ ressortant un par un en version remasterisés.
En 2014, Lars Wingefors, le patron de Nordic Games déclarera que le développement de Darksiders 2 a été ridicule par son coût de développement (50 millions d'euros) et qu'en cas de développement de suite, ils pourraient faire aussi bien pour dix fois moins cher.
Répondons tout de suite à cette question, en ce qui me concerne, non, le paris n'est pas réussi à 100%.

Darksiders est donc une licence à laquelle j'ai immédiatement adhéré en 2012. Le premier est une sorte de Zelda-like mélangé à d'autres genres de jeux, le tout rendu avec une direction artistique assez géniale si on y adhère, à une époque où tout le monde voulait sortir son TPS photo-réaliste, c'était assez audacieux.
La suite, plus ambitieuse rajoutera plusieurs mondes ouverts, des notions de RPG, de loot et si je n'ai pas écrit de critique à l'époque pour cause de pause du blog, j'ai adhéré tout autant malgré que ça soit assez différent manette en main.

Malgré la chute de THQ et la tristesse du doute d'avoir un jour une suite à la licence, ça a bien fini par arrivé, Darksiders 3 est là, portant à la manette le troisième cavalier de l'apocalyse Furie.

Des passages par des environnements typés enfer sont indispensables pour la série.

L'histoire

Un petit rappel bref. Dans l'univers de Darksiders, la chose la plus importante de l'univers est l'équilibre. D'un coté les démons du royaume de l'Enfer, de l'autre les anges du royaume du Paradis et divers royaumes de moindre envergure. Un autre royaume fut créé, Eden, la terre, habité par les humain bien plus faible que les autres royaumes, ignorant l'existence des autres, mais promis à un grand destin dans l'avenir pour le maintien de l'équilibre. Les deux autres royaumes n'avaient pas le droit de s'attaquer au troisième tant que les humains n'avaient pas démontrés leur capacité à être de taille, ce jour là étant prophétisé pour devenir l'Apocalypse.
Une race fut aussi créé sournoisement par un démon (Lilith), les néphilims, moitié ange moitié démon, possédant une soif de conquête insasiables, ils n'avaient pour but que de détruire anges et démons qu'ils auraient conclus en conquérant la terre.
Le conseil ardens, sorte de conseil de divinités chargé de maintenir l'équilibre passa un pacte avec quatre néphilims. Il leur octroierait des pouvoirs fantastiques à la condition qu'ils exterminent leur peuple. Les quatre nephilims, devenus les quatre cavaliers de l'apocalypse, Guerre, Mort, Furie et Discorde se chargèrent donc, mené par leur chef Mort, d'éliminer tous les nephilims devenant ainsi les quatre derniers de leur race.
Une fois les nephilims vaincus, les cavaliers durent se mettre au repos en attendant leur appel, sept sceaux furent créés, lorsqu'ils seront brisés, les cavaliers seront rappelés sur le champ de bataille pour combattre et garder l'équilibre.

Dans le premier épisode, vous jouez Guerre, un des quatre, appelé étrangement sur terre tout seul pour se retrouver en plein combat d'anges et de démons qui utilisent la terre comme champs de bataille.
Il sera rapidement rappelé par le conseil ardent et accusé d'avoir brisé les sceaux et d'avoir prématurément déclenché l'apocalypse avant que les humains ne soient prêt entrainant la fin de l'humanité. Après avoir été enchainé 100 ans, il sera envoyé sur terre pour éclaircir la situation.

En parallèle, dans Darksiders 2, qui commence lorsque Guerre est accusé, son frère Mort enquête sur la façon d'innocenter son frère et de faire renaître l'humanité, cela le conduira dans différents royaumes.

Le métro après l'apocalypse.

Il est temps de déchaîner la furie

Ce troisième épisode démarre donc un peu après le début du premier épisode, lorsque Guerre vient d'être enchainé par le conseil ardent. Furie est appelé par le conseil car les septs pêchés capitaux ont profités du bordel ambiant pour s'échapper sur terre. Guerre étant prisonnier, Mort introuvable et Discorde visiblement occupé ailleurs, vous serez donc en charge de faire le ménage.
Histoire en apparence éloignée du destin de ses frères, on apprendra au fur et à mesure qu'il y a bien un lien.

Comme le second épisode par rapport au premier, la formule s'éloigne du précédent tout en gardant des bases communes, sorte de mix entre énigmes légères et combats type beat'em all light.

Le point Dark Souls

Depuis que la saga de From Software a atteint l'apothéose avec le premier Dark Souls, dès qu'un jeu est un peu exigeant on se met à parler de Darksoulisation du jeu vidéo, ça deviendrait presque un running-gag.
Dans le cas qui nous intéresse ici, c'est officiel de la part des développeurs, ils ont souhaités gardés la même base mais ont souhaités s'inspirer de certaines mécaniques du jeu de From Software.
Manette en main, si les premières minutes nous donnent l'impression d'atterrir dans une pure suite du premier grâce à son visuel, la première mort rapide face à trois pauvres zombies qui traînaient là nous remet bien vite à notre place.
Du coup, on se retrouve effectivement à jouer comme dans un Dark Souls, utilisant une approche lente et prudente, essayant de choper l'aggro des mobs un par un, analysant les patterns des ennemis de façon à placer au bon moment notre esquive, ce qui permet d’enchaîner sur une contre attaque magique particulièrement efficace. Tout comme le jeu de From Software, vous n'échapperez pas aux ennemis surprise planqués vicieusement dans un angle mort pour vous occire vicieusement.

Autre point commun majeur avec la série de From Software, exit les donjons, le jeu se passe dans une sorte de monde ouvert interconnecté où l'on débloquera régulièrement des raccourcis pour retourner au point de repos, là où on peut utiliser les ames que l'on récupère en tuant des ennemis et où l'on revient en cas de mort.
D'autres mécaniques mineures rappelleront le jeu de From Software, comme le fait de perdre les âmes qu'on a durement gagné sur place en cas de mort. Il faudra retourner les chercher sur place. Elles serviront à monter de niveau ou à acheter différentes choses au marchand du coin.

Je voulais prendre un screenshot, je vais prendre un coup là...

Seule sur terre... ou pas...

En tant que Furie, vous serez donc envoyés sur terre par le conseil, vous allez donc arpenter une partie de ce qu'il reste sur terre en commençant par un quartier nommé Heden, vous avancerez prudemment, à la recherche des pêchés capitaux représenté par autant de boss.

Rapidement, vous allez croiser la route de Vulgrim, marchand récurrent de la licence, dont les emplacements partout dans le jeu serviront de point de respawn ainsi que de point de téléportation pour voyager rapidement.
Vous allez également croiser tôt dans l'aventure Ulthan, un fondateur, qui est là pour aider les quelques humains restant, il vous demandera de lui ramener si possible les quelques humains que vous pourriez croiser sur votre route. Etant fondateur forgeron, il vous permettra également d'améliorer l'efficacité de vos armes à l'aide de certaines matières que vous ramasserez en parcourant le jeu.

Manette en main, le jeu se joue comme un beat'em all assez carré voir rigide, ça manque peut être un peu de souplesse mais ça se contrôle bien et ça répond bien.
Vous frapperez avec votre arme principale, le fouet à l'aide de différent combos mais surtout, il faudra esquiver les coups adverses au bon moment. Cette esquive placé au bon moment déclenche un ralenti très bref (rien de comparable au witch time de Bayonetta) et surtout vous permet d'utiliser une contre attaque magique beaucoup plus efficace. Malheureusement pour vous, ou heureusement pour que le jeu ne soit pas trop facile, il ne faut pas esquiver n'importe quand. Esquiver au bon moment vous permettra d'utiliser la contre attaque, mais esquiver trop tôt ou trop tard permettra souvent à l'ennemi, aussi faible soit-il, de placer son coup.
Le jeu dispose d'un z-target qui suit l'ennemi, mais il ne faudra pas l'utiliser en permanence. Si plusieurs ennemis sont à l'écran, il sera préférable de frapper dans la bonne direction à l'aide du stick. Il n'est pas rare dans un combo de devoir donner le premier coup sur un ennemi juste de manière à le calmer quelques secondes, puis d'enchaîner un second coup sur un autre ennemi et un troisième sur un autre, les ennemis n'attendront pas, si vous concentrez vos coups sur un seul, ils en profiteront pour vous frapper. C'est plutôt délicat à aborder au départ, surtout que les ennemis font très mal, nul doute que certains joueurs resteront sur le carreau. Mais une fois bien pris en main, compris certaines mécaniques, après avoir bien analysé les ennemis, ça devient assez jouissif.

A plusieurs reprises, le jeu débloquera pour vous un nouveau pouvoir. Ce nouveau pouvoir vous permettra dans un premier temps d'accéder à des zones non accessibles avant et sera toujours accompagné d'une nouvelle arme. Je laisse la surprise, mais certaines sont vraiment chouettes à utiliser et chaque pouvoir changera légèrement l'apparence de notre héroïne lui donnant de plus en plus de classe au fur et à mesure qu'on avance dans le jeu.

Au niveau du monde, ça a été un véritable plaisir à parcourir en ce qui me concerne. Si techniquement le jeu n'est pas un monstre de guerre, la direction artistique de l'ensemble, que ça soit les lieux, les décors, les ennemis ou même Furie, est à tomber par terre pour peu qu'on apprécie ce genre de DA. Le level design est tortueux, ingénieux et c'est toujours un plaisir de débloquer un des très nombreux raccourcis vous ramenant à Vulgrim (qui vous permet donc de "sauver" votre stock d’âmes). J'ai adoré juste me téléporter dans les premières zones du jeu et débloquer des passages auxquels je n'avais pas accès précédemment ne possédant pas la bonne capacité. Certains passages menant même carrément à des boss optionnels.

Aussi bien que les précédents ?

Malheureusement, si j'ai passé un très bon moment, il ne sera pas aussi marquant que les deux premiers Darksiders.
D'une part, j'ai appris à vraiment apprécier Furie, son design, son caractère bien trempé, ses dialogues doublés impeccablement en Français, elle n'atteint pas les deux premiers personnages d'un point de vue charisme.
D'autres part, le jeu manque de finition. Je vous disais au dessus que les doublages sont globalement très bons, en revanche, pendant les cinématiques, la lypsync (synchronisation aux mouvements des lèvres) est défaillante et ne colle pas toujours. Sans parler du framerate qui diffère du reste du jeu pendant ces cinématiques.

Le monde à parcourir est au final assez grand, varié, réussi, mais jamais aussi grand, varié et réussi que ses prédécesseurs. Il sera "juste" plus interconnecté.
Le système de combat est assez viscéral à jouer, mais offrira beaucoup moins de possibilités d'approche de l'ennemi. Ça sera toujours plus ou moins pareil, il faudra analyser le pattern et apprendre à placer son esquive. Votre niveau aidant, vous pourrez la jouer un peu plus offensive sur la fin, surtout lorsque vous retournez dans les premières zones où les mobs sont plus faibles, mais au final ce système de combat restera moins varié sur la longueur.

Utilisation de l'Unreal Engine, Madureira ayant quitté le projet, Jesper Kyd n'étant plus en charge de la musique, on aurait pu craindre bien pire. Il semble que les créatifs chez Gunfire (les développeurs du jeu, en partie composé d'ancien de Vigil Games, qui ont fait les premiers) ont bien retenus les leçons, la direction artistique est complètement fidèle à la licence, la bande son reste tout à fait sympathique même si relativement discrète. Bref, on aurait pu croire à un sous-projet et en ce qui me concerne, ce n'est pas le cas.

Sur PC, le jeu tient les 60fps sans trop de heurts et je n'ai pas eu de soucis technique à déplorer, à part que le jeu refuse de se lancer sur mon écran de jeu principal et qu'il faut à chaque fois que je passe en mode fenêtré pour le changer d'écran. Pas dramatique mais symptomatique d'un manque de finition pour un jeu à ce prix.
De plus, le jeu semble au contraire pas mal souffrir techniquement surtout niveau framerate sur console, ça aura sans doute participé à sa réception très mitigé par la presse. Ca plus le fait que la difficulté a dut faire rager quelques journalistes manquant de skill et peu persévérant. Sans compter les joueurs qui n'étaient pas prévenu, il suffit de constater les évaluations négatives sur Steam qui parlent quasi toutes d'un jeu trop difficile.
J'ai personnellement repassé le jeu en normal après en avoir fait un tier en apocalypse car je crevais en boucle sur certains mobs.

Conclusion

8On sent globalement que le jeu n'est plus le triple A qu'avait voulu en faire THQ (mais qui a aidé à les couler, donc bon...), les ambitions ne sont plus les mêmes. Malgré tout, en respectant la mythologie de la série, en nous apprenant un peu plus sur l'avenir de nos cavaliers, en offrant manette en main un jeu, un peu pareil, mais différent, assez jouissif, mais exigeant, THQ Nordic réussi à offrir un très bon jeu aux fans de la licence (et à ceux qui voudraient découvrir la licence, il n'est jamais trop tard et ce genre de jeu devient tellement rare) qui si il n'atteint pas les sommets des deux premiers ne fait pas honte du tout à la série. J'attend avec une impatience non dissimulée un dernier jeu de la licence qui j'espère nous permettra de conclure dignement cette grande saga.

Il est gros mon marteau.

Publié le 8 Décembre 2018 à 16:00 par WinterOfTheWolf
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